A travers les montagnes du Monténégro (25)

Du 19 au 22 Octobre 2019

Nous passons la frontière pour entrer au Monténégro en haut d’une belle montée. Ici, nous retrouvons l’euro comme monnaie d’échange car le Monténégro, même s’il ne fait pas partie de l’UE, l’a adopté unilatéralement depuis 2006, date de son indépendance et ultime fragmentation de l’ex-Yougoslavie.

Le poste frontière s’offre un magnifique panorama sur la mer et la baie de Kotor en contrebas. Un douanier qui n’a pas l’air très heureux contrôle nos passeports puis nous entamons une longue descente jusqu’au niveau de la mer pour rejoindre la route qui fait le tour de la baie sinueuse de Kotor. On circule au bord de l’eau et sur du plat malgré quelques petits sursauts sur le pourtour de la baie.

Dans l’un des bras de la baie

Nous filons donc à bonne allure mais la ville Kotor se situe vraiment tout au fond de la baie et même quand on l’aperçoit pas si loin de nous à vol d’oiseau, les dentelures de la côte font en sorte de l’éloigner toujours un petit peu plus. Sur la carte, la baie forme quatre lobes qui confirment bien notre sensation de zigzaguer.

Nous arrivons finalement à Kotor en fin d’après midi et nous en profitons pour faire un petit bain de mer et aussi un tour rapide à l’intérieur des remparts de la vieille ville médiévale. Cest la toute fin de saison touristique mais quelques groupes se croisent dans les petites rues, certains seuls comme nous et d’autres en suivant leur guide qui tient un petit drapeau ou un parapluie au dessus de sa tête pour ne perdre personne. Dans la cité, j’essaye de m’imaginer les rues, les monuments, les habitations sans les pubs, les restaurants, et tous ces décors pour aguicher le client. Pas évident de faire le tri entre ce qui attire l’oeil et les vieux murs chargés d’histoires qui se cachent derrière.

Comme Kotor se trouve dans un cul de sac de la baie, nous empruntons une route qui monte pour continuer vers le sud-est et nous enfoncer petit à petit dans les terres. L’exercice de fin de journée est assez costaud mais cela nous permet aussi de prendre des pauses après quelques virages en épingle pour admirer les couleurs du couchant sur la ville et la baie qui s’éloignent en dessous de nous.

La ville de Kotor et sa baie

En revanche, la nuit tombe et nous n’avons toujours pas trouvé de coin bivouac. On repère sur la carte un vieux château indiqué un peu plus haut. Ce n’est pas sur notre route mais tant pis on se motive quand même pour 200 m de dénivelé bonus à la nuit tombée ! Là haut, on finira par trouver un ancien bunker en contrebas du château sur lequel on pose la tente. La journée à été bien remplie, le spot est chouette et la vue splendide !

Au petit matin sur notre bunker, nous sommes réveillés par des chasseurs qui tirent des coups de fusil vraiment pas loin de nous. Du coup, on ne traîne pas trop au lit et on va faire un tour dans le fort que nous n’avions vu que de nuit. Il s’agit en fait d’une forteresse semi-enterrée et laissée à l’abandon. Nous nous faufilons dans le dédale de ses galeries sombres ne sachant pas trop sur quoi on pourrait tomber…

Le réveil de Coco
Bivouac sur bunker. Une première pour nous !
Quelques vaches et un âne intrigués par notre étrange monture
Une forteresse au-dessus de Kotor

Mais aujourd’hui nous attend une montée qu’on n’oubliera jamais. Les lacets de la route sur la carte en disent long sur le relief que nous allons gravir alors on remonte en selle ! La route est toute étroite et serpente à flanc de montagne ce qui rend la montée plus douce et progressive. Le seul bémol est que des bus sont autorisés à circuler pour amener les touristes au sommet alors que la route ne permet à deux véhicules de se croiser qu’en quelques endroits seulement. Alors c’est la grosse galère, les véhicules doivent s’arrêter dans le raid, reculer jusqu’à trouver un creux de falaise ou se nicher pour laisser passer ceux qui montent, puis tenter de passer en croisant les doigts pour ne croiser personne, et si ce n’est pas le cas recommencer la manoeuvre… indéfiniment. Nous on est bien contents car en vélo on avance parfois mieux que les voitures malgré notre petit 6km/h ! Et la vue est splendide quand on prend de la hauteur.

Kotor encore, quelques mètres de dénivelé plus haut

Arrivés au col après une matinée entière de montée, on fait une bonne pause repas et on décide de prendre une route moins fréquentée mais …. Qui monte encore plus alors on repart pour 2 heures de montée !

Belles courbes
11 % de pente en moyenne

Quelques litres de sueur plus tard, on ne regrette pas notre choix car on passe l’après-midi presque sans croiser de voitures et à travers des paysages d’automne plus montagnards et parfois dans le brouillard ce qui contraste le matin. En 24h, nous seront passé du niveau de la mer à plus de 1400m d’altitude ! Le soir, juste avant un tout petit village, on dégotte un petit prés en hauteur qui nous donne une vue à couper le souffle. On décide de camper ici et on prends le temps d’apprécier un beau coucher de soleil qu’on fait durer jusqu’au dernier rayon.

Pré de rêve pour cyclistes fatigués
Lever de soleil, sur notre habitat de quelques heures

Le lendemain, le soleil continue de nous faire un joli spctacle à sont arrivée et nos pas crissent dans notre première gelée de la saison ! En vélo, ma suite est une belle recompense de ces deux derniers jours de montée : une très longue descente sur laquelle on se laisse porter tout en emplissant nos yeux de ce qui nous entoure, jusqu’à la vile de Cinteje.

Hêtraie et couleurs d’automne

Le midi on arrive au village de Virpazar dédié presque entièrement au tourisme car il se situe au bord du lac Skoder. On vend ici des tours sur le lac et les bateaux touristiques côtoient les barques plates des pêcheurs. La pêche et maintenant le tourisme sont les deux activités économiques majeures de ce petit village de 300 habitants environ. On s’assoit sur un muret pour pique-niquer et un petit chien noir et blanc s’installe à l’ombre du vélo pour faire la sieste pendant toute notre pause repas.

Pique nique !

Nous repartons l’après midi pour longer le lac Shkoder par une petite route qui le longe par le sud. Aussi subitement qu’on s’était retrouvés immergés au milieu des touristes, nous voici maintenant tout à coup sur cette petite route sauvage et pratiquement déserte, entourés d’arbres, de petits ruisseaux et d’une végétation assez dense. Le chien qui dormait sous notre vélo nous suit pendant la montée, il va même plus vite que nous et fait des pauses avec un air de dire “allez on se bouge les fesses !”. On se dit qu’on le sèmera à la prochaine descente. Le soir commence à tomber et on a pris un peu de hauteur sur le lac qui nous révèle sa grande superficie : 530 kilomètres carrés quand il est rempli au maximum pour une profondeur de … seulement 7 mètres ! (hormis quelques gouffres qui descendent à 40 mètres). Pour se donner une idée, 530 kilomètres carrés c’est près de 4 fois la surface de chou-fleur plantés en Bretagne. Ce lac est aussi l’une des plus importantes réserves d’oiseaux d’Europe et il est fictivement coupé en deux par la frontière entre l’Albanie et le Monténégro.

En montant au dessus du lac

Après une descente et encore une bonne montée, nous trouvons un super endroit où mettre notre tente : la terrasse avec vue sur le lac d’une petite cabane abandonnée. Notre ami le chien (que nous n’avons pas réussi à semer) nous tient compagnie et nous tentons de l’ignorer pour éviter qu’il ne se fasse de faux espoirs, même si il a des côtés attendrissants…

Un troisième vagabond dans l’équipe

Un magnifique lever de soleil nous réveille doucement le lendemain matin. Nous plions bagages et rencontrons un Monténegrin juste quelques mètres plus loin, en train de faire du bois pour l’hiver dans le maquis. Tout surpris de nous trouver là, il s’inquiète pour nous : apparemment le coin est truffé de serpents et de scorpions dont les morsures peuvent être dangereuses… À cette saison les risques sont quand même moins élevés mais c’est toujours mieux d’apprendre ça après que la nuit soit passée.

Bon jour

On sympathise un peu avec lui et il nous montre un puit avec une eau fraîche et vivifiante alors que nos réserves étaient vides. Puis nous repartons et il tente de retenir le chien mais pas moyen. Il veut décidément passer ses journées à courir après nous sans rien manger.

Encore une fois, les paysages traversés lors de cette dernière journée au Monténégro sont époustouflants et variés. Des bords du lac jusqu’à une très vieille châtaigneraie impressionnante et connue dans la région. Certains arbres avaient même plus de 400 ans ! Les paysans du coin étaient d’ailleurs affairés au ramassage car nous sommes tombés en plein milieu de la saison. Ce qui nous a permis aussi de collecter quelques petites châtaignes pour nos soirées au coin du feu.

Châtaigneraie multi-centenaire
Quand un couple de cyclistes français rencontre un couple de cyclistes russes, sandales mondiathlon…

Après, une dernière bonne montée qui fait chauffer les cuisses, nous voyons l’Albanie qui nous attend au bout d’une longue et très raide descente. Cette fois-ci c’est sûr, le chien ne pourra pas suivre. Alors nous disons au revoir à notre compagnon de vadrouille auquel on s’était finalement presque habitué.

Copain d’un jour

La descente jusqu’à la frontière est effectivement très très violente et les freins surchauffent, nous obligeant à nous arrêter régulièrement. Nous arrivons en bas en un seul morceau et traversons le poste frontière pour la suite des aventures, cette fois-ci en Albanie.

By Auré

1 response to "A travers les montagnes du Monténégro (25)"

  1. By: Pi Posted: 14 mars 2020

    Sympa la photo des pieds 🙂

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