Rencontres turques ! (30)

Du 11 au 31 Janvier 2020.

Nous quittons Lesvos après une série d’au-revoir et une dernière nuit à la coloc de nos amis du Makerspace. Le bateau part à 9h en direction d’Ayvalik, la petit ville côtière située au nord de l’île. Nous y arrivons de bon matin avec deux habituées qui viennent acheter de la laine pour des ateliers “crochets” avec des réfugiés. Notre nouvelle amie grecque nous raconte que son père a passé sont enfance côté turc, à une époque où les grecs y étaient installés par endroits. Ils ont migré sur les îles à la chute de l’empire Ottoman… autre temps de migration.

Nous passons la douane avec notre vélo qu’il faut décharger pour passer nos sacoches au rayon X. Puis, avec Auréline qui souhaite acheter un peu de laine, on se retrouve vite embarqués dans une petite boutique aux murs remplis de pelotes et où l’on nous offre déjà thé et loukoums. Nous repartons un peu plus chargés et saluons une dernière fois nos amies de Lesvos. Nouveau pays, nouvelle langue, nouvelle atmosphère… Nous nous promenons un peu dans les ruelles pavées de la ville et sur le port où du poisson frais se vend depuis les bateaux. Nous trouvons aussi 2 stands équipés de machines à faire les beignets… il s’agit en fait d’une tradition locale qui veut que la famille endeuillées offrent des en-cas aux passants à la mémoire d’une personne récemment décédée. Nous nous mettons donc à notre tour dans la file qui patiente sagement le temps que les beignets soient cuits à point !

Après le pique-nique c’est le top départ pour 700 km de vélo en Turquie, afin de rejoindre Marmaris où nous prendrons de nouveau un bateau pour la Grèce. Nous remontons les rues pavées. Les contrastes sont impressionnant entre les quartiers neufs et la vieille ville qui sont plutôt rénovés et les petites maisons de bric et de brocs des quartiers plus populaires. Il nous suffit d’observer les habitations pour que les inégalités sociales nous sautent aux yeux. Nous arrivons vite sur de petites routes qui traversent les champs d’oliviers. Les vieux tracteurs nous dépassent dans les montées, l’ambiance est assez paisible et les gens que l’on croise nous saluent avec un grand sourire, amusés de notre monture.

Montée au dessus de la ville d’Ayvalik

Le soir nous rattrapons la côte et tombons dans une petite cité balnéaire, fantôme à cette saison. Nous dormons devant la plage où le soleil se couche sur l’île de Lesvos, qui est juste en face. Après une nuit fraîche et humide nous reprenons la route le long de la mer. Les pavés turcs que nous avons découvert la veille sont toujours là et secouent notre vélo dans tous les sens. Dans le café où nous faisons une pause le temps d’une averse, nous essayons de savoir pourquoi il y en a autant ici. On nous dit que c’est la proximité avec la mer et l’instabilité du terrain qui les rendent plus appropriés que l’asphalte… nous en trouverons effectivement très souvent au niveau des côtes, jusqu’à Marmaris !

Nous prenons les petites routes pour suivre une péninsule, l’endroit est plus sauvage mais nous tombons régulièrement face à de grands lotissements balnéaires, soit en construction, soit abandonnés, soit… vides à cette saison. Nous nous interrogeons : ces projets ont-ils réellement un sens ? Ne servent-t-il pas uniquement les magnats de la construction et de la spéculation immobilière ?

Nous circulons à travers des milliers de logements inoccupés avec un profond sentiment d’injustice car à seulement quelques kilomètres à vol d’oiseau des dizaines de milliers de personnes réfugiées s’entassent dans des tentes et des containers.

La côte est très belle, la route accidentée. Déjà fourbus en milieu d’après-midi, nous nous arrêtons sur une pointe au-dessus de l’eau. Je profite du soleil du soir pour aller me baigner et laver dans l’eau fraîche, salle de bain panoramique aujourd’hui !

Face à Lesbos
Vive la côte Ouest

Le lendemain soir, nous avons rendez-vous à Izmir avec un ami de Levent, chez qui nous étions passés en France en mars 2019. Au matin nous passons par Foça et c’est jour de marché. Il y a autant de vêtements, d’outillage, d’ustensiles que d’épices, de fruits, de fromages, de fruits secs ou de céréales, de tout, vraiment tout. Après avoir alourdi le vélo, nous continuons en direction d’Izmir, le paysage défile et change avec une grande plaine agricole irriguée. Nous suivons un itinéraire vélo qui nous fait passer dans une réserve naturelle constituée de lagunes salées avec beaucoup d’oiseaux, des flamants roses et même des pélicans !

Nous mangeons dans ce paisible endroit et rencontrons un cycliste qui se propose de nous héberger le soir, puis un groupe de 4 amies qui nous offrent le thé et nous font goûter quelques pâtisseries locales.

Nous reprenons la route le long de l’immense baie d’Izmir. Les 30 derniers kilomètres de la journée sont parcourus en ville avec les aléas d’une piste cyclable qui s’arrête parfois brutalement pour laisser la place à un boulevard urbain. On arrive à bon port, la nuit est déjà tombée.

Un peu perdus entre rocade et zone industrielle

Izmir est la 3ème plus grande agglomération de Turquie avec près de 5 millions d’habitants. La ville a une organisation qui s’adapte à la géographie, elle s’étale dans le creux d’une baie, sur une étroite bande de terrain plat puis déborde franchement sur les pentes. De nombreux bacs et ferrys permettent de circuler à travers la baie et un tram longe la côte sur plusieurs dizaines de kilomètres. Nous sommes hébergés chez Olcay qui vit dans un quartier où les rues sont dans le sens de la pente. Elles sont toutes aménagées d’escaliers tellement c’est raide !

Nous y restons 2 jours et nous en profitons pour nous déplacer à pied, aller nous promener au grand bazar et nous reposer un peu. Ensuite, seulement une journée de vélo nous sépare de Seferihisar. Nous y rencontrons Kan et Pinar, également amis de Levent et qui se sont lancés dans la production d’huile d’olives et mandarines bio depuis 3 ans avec la ferme Gida Ormani (Forêt jardin en Turc).

Nous restons avec eux une semaine, logés dans leur caravane/tiny-house installés dans leur champ d’olivier. Nous donnons un coup de main pour entretenir des clôtures, ramasser les dernières mandarines, collecter les branches d’olivier taillés, planter quelques arbres, déplacer du bois… Nous avons aussi du temps privilégié pour échanger avec nos hôtes qui parlent très bien anglais et ont des parcours de vie riches et atypiques.

Issus de milieux favorisés et anciens citadins, inspirés de permaculture et régénération des sols, ils font partie des pionniers en Turquie à proposer des produits bio de haute qualité et à forte valeur ajoutée pour des consommateurs urbains d’Izmir et Istanbul. Si aujourd’hui, leur système semble élitiste, ils souhaitent aller à contre-courant d’une agriculture qui doit choisir entre industrialisation et paupérisation au détriment des agriculteurs, de la qualité des produits et de l’environnement.

Nous repartons bien reposés par cette superbe semaine malgré la sorte d’otite qui ne lâche pas l’oreille d’Auréline depuis 15 jours.

Cette partie de la Turquie est un berceau de l’humanité et, après notre départ, notre route passe par la cité d’Efès que nous prenons le temps de visiter. Cette ville a vécu son apogée entre le 5ème siècle avant J.C. et le 7ème après J.C. L’état de conservation et de restauration est impressionnant !

Nous nous arrêtons le soir chez la tante de Kan où nous sommes très bien accueillis avec une fois de plus de très riches échanges.

Sur la route nous sommes parfois obligés de prendre la 2 x 2 voies, mais le large bas-côté nous laisse dans une relative sécurité. Après avoir traversé une grande plaine, nous faisons le choix de passer à travers un petit massif montagneux et commençons à grimper avec la fin de journée. Il y a des petites parcelles d’oliviers partout et elles sont toutes clôturées, ce qui ne nous laisse pas d’option de bivouac. Plus haut, beaucoup plus haut et au moment où la nuit tombe, nous finissons par trouver un coin de plat avec vue sur la plaine.

Le lendemain nous traversons des forêts de pin à pignons et c’est la saison de la récolte, pour des groupes venus en famille. Les jeunes montent dans les arbres avec des sortes de longues échelles à un seul montant central et barreaux alternes. Ils font tomber les pommes de pin avec des grands bâtons. Puis, ceux qui sont placés en bas rassemblent les pommes dans des grands sacs ou bien les passent dans un feu allumé pour extraire les pignons directement sur place. La forêt résonne des voix et des pommes de pin qui tombent à notre passage !

Les fontaines au nom d’un défunt ponctuent nos pauses.

Après un col à 900m d’altitude, nous descendons 800m de dénivelé d’un seul tenant… enfin presque, nous sommes obligés de faire des pause régulière pour faire refroidir les freins qui perdent en puissance dès qu’ils surchauffent. Il faut dire qu’avec 10% de pente moyenne sur les sept premiers kilomètres, c’était raide !!!

Le soir nous arrivons chez un couple qui nous accueille via le réseau Warmshowers. Après avoir vécu à Istanbul, ils ont choisi un mode de vie rural et plus sobre en venant construire une petite maison en bois. Ils essayent de vivre d’échanges et petits boulots avec les agriculteurs du coin. Ils sont très intéressants et un ami violoniste est aussi présent, la soirée est joyeuse et musicale !

Une petite maison en bois dans les oliviers
Le lake de Bafa

Nous reprenons la route vers Marmaris, cette contrée très agricole est marquante par ses élevages de vaches laitières. On nous a expliqué qu’ils ont fleuri il y a 10-15 ans au gré de subventions. Cet élevage qui n’était pas du tout traditionnel se fait dans des conditions qui ne semblent décentes ni pour les hommes ni pour les vaches. Les animaux pataugent dans la boue jusqu’au pis et les agriculteurs font la traite dehors toute l’année. Aujourd’hui le prix du lait est bas et les fermes sont souvent sans autonomie fourragère, les fermiers ne s’en sortent pas. En revanche l’esprit communautaire est là et le soir en traversant un village juste après la traite, nous passons devant le tank à lait du village. Partout sur la route, en chariot, en vélo ou en tracteur, les éleveurs du village amènent leurs pots de lait qui sera pesé et versé dans le tank commun.

L’heure du lait

Les maisons et petites fermes sont partout le long de cette route et la nuit tombe. Les chiens de chaque maison aboient à notre passage, parfois nous coursent un peu, puis passent le relais au suivant. Notre silencieuse monture se transforme et se vêtit d’une traînée d’aboiements ! Après quelques kilomètres de ce village qui n’en finit pas, nous trouvons un endroit calme pour dormir… enfin presque car les chiens du vallon nous accompagnent jusqu’au bout de la nuit de leurs vocalises !

Et un mollet de sauvé en plus ! (Berger d’Anatolie)

Après un petit déjeuner au soleil, nous repartons, plein sud vers la mer. Sur la route nous longeons une énorme mine de charbon à ciel ouvert, c’est gigantesque et les immenses camion-bennes, vu d’en haut, s’activent comme de petites fourmis. Avant midi, nous arrivons juste à temps dans la ville de Oren ou c’est jour de marché. Affamés, nous trouvons de quoi faire saliver nos papilles et ne pouvant attendre, mangeons dans le parc juste à côté. L’après-midi se poursuit avec une de nos plus exigeantes portions. Une petite route qui longe la mer sans cesser de monter et descendre, en 45 km nous faisons 900m de dénivelé positif !

Derniers kilomètres avant le déluge

Le soir nous dormons chez un jeune couple que l’on a contacté via Warmshowers, ils sont très sympathiques et nous faisons durer la soirée malgré la fatigue. Le lendemain matin il pleut et nous n’avons pas prévu de repartir tout de suite, nos hôtes nous invitent chez des amis pour un brunch. Un régal de spécialités turques où le salé et le sucré se retrouvent sur le même plateau. Nous rencontrons surtout une bande de jeunes qui ont nôtre âge et certaines aspirations communes de rythme de vie, d’autonomie alimentaire et d’indépendance professionnelle.

Test du tandem pour nos hôtes
Brunch turc
Arrivée à Marmaris

Nous partons finalement en début d’après-midi sous les dernières gouttes et nous roulons sur la bande d’arrêt d’urgence de la route principale qui mène à Marmaris. Nous avons 36h avant de prendre un bateau qui nous ramènera vers les îles grecques et le lendemain, alors que nous visitons la ville, un gars en vélo nous accoste dans un anglais limpide :

“-Hello guys, are you travelling by bike ?

-euh…Yes

-Do you have a place to stay tonight ?

-euh…No

-Ok, I have an hotel and it’s close at this season. I can give you a room for the night. If you are ready, I can bring you now …

Et 5 minutes plus tard on avait les clés d’un hôtel complètement vide et notre hôte un peu pressé était déjà reparti.

La suite de journée fut calme et le soir nous avons même trouvé un super marché où nous avons dépensé nos dernières lira turques.

Le lendemain, le bateau nous embarque vers l’île de Grecque de Rhodes où un second ferry passe à 2h du matin pour nous emmener en Crète. A suivre !

By Coco

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