Croatie et Bosnie : première partie (23)

Du 22 septembre au 30 septembre 2019,

Croatie et Bosnie-Herzégovine

Le 22 septembre, lendemain de mon 27ème printemps, nous passons la frontière entre Slovénie et Croatie après la ville de Maribor. Et pour la première fois depuis le début du voyage, on doit sortir nos passeports pour un contrôle frontière ! La Croatie est en effet le premier pays où nous passons qui ne fait pas partie de l’espace Schengen et de la zone euro (bien qu’intégré à l’Union européenne). Ici la monnaie, c’est le kuna et on se met donc au calcul mental pour convertir et avoir une idée des prix (1 € ~ 7,4 kuna ).

La frontière croate


Notre première nuit de bivouac en pays croate restera longtemps parmi les anecdotes remarquables de ce voyage. Ce soir-là, la nuit commence à tomber, nous sommes environ 15 km après la frontière et nous galérons un peu pour trouver un coin où bivouaquer. Il y a des habitations éparpillées partout, la route pas loin et un peu de boue de la dernière pluie. Finalement, nous nous enfonçons un peu sur un chemin en forêt et nous trouvons une petite clairière au calme avec un vieux et minuscule tracteur garé là depuis des mois. On se dit qu’on sera tranquille et que ça fera l’affaire. Alors on commence à sortir tout notre attirail de cuisine pour se faire un bon petit repas. Au menu ce soir, salade et dumplings à la farine de seigle et aux aromates!

La nuit se fait plus sombre quand on entend soudain quelqu’un dans la forêt pas très loin de nous. C’est un homme habillé d’une veste de chasse et d’un pantalon treillis qui s’approche en titubant un peu. Par réflexe, je m’inquiète déjà tandis que Corentin reste calme (pour ça on est bien complémentaire !). On brise la glace en lançant un : “Dober dan !” qui nous permet aussi de lui signaler notre présence. Par chance, c’est un Croate qui parle un peu anglais et qui était dans la forêt en train de ramasser des champignons avec un ami qu’il avait égaré en chemin. Après de longues minutes à le guider par téléphone, l’ami en question nous retrouve un peu après et il s’avère qu’ils sont effectivement tous les deux bien saouls. Ils sortent d’ailleurs une bouteille de liqueur d’aronia fait-maison (“pas très fort non, seulement 40° ! “), nous sortons nos cacahuètes et c’est parti pour un petit apéro improvisé sur des troncs d’arbres avec ces deux Croates complètement ivres qui rigolent pour rien et qui sont finalement fort sympathiques ! Ils repartent ensuite… au volant du vieux tracteur qui traînait là en nous disant de ne pas nous inquiéter car ils se relaieraient pour arriver à conduire jusqu’à chez eux. Le calme après leur départ nous laisse tout amusés de cette première drôle de rencontre avec des Croates. On sent déjà qu’ils ont le sens du partage et qu’ils sont chaleureux.


Nous continuons notre route vers Zagreb avec une bonne journée sous la pluie et une nuit dans une grange qui nous a sauvés du déluge. On apprendra le lendemain que de nouveaux records de précipitations on été battus cette nuit dans la région !

La grange avant aménagement
Et après aménagement : hôtel presque 5 étoiles !

À Zagreb, nous sommes hébergés chez Góran pendant deux nuits qui nous permettent de bien récupérer. Góran est né ici, dans un quartier assez populaire de la ville et il nous raconte beaucoup de choses sur ce qu’il aime, sur la ville de Zagreb et sur ses souvenirs de la guerre de dissolution de l’ex-Yougoslavie. Les conflits ne sont pas si loin derrière nous car la Croatie a été indépendante en 1992 et Góran nous raconte que toute une génération de Croates est encore marquée psychologiquement par ces violences.

Pour arriver à Zagreb, nous n’avons pas eu d’autre choix que d’emprunter la grosse rocade

Le marché populaire de Zagreb
Le burek au fromage : une spécialité des Balkans qui nous a bien servi de carburant
Une des places principales de Zagreb sous les lumières du soir
Une statue sceptique ?

Nous quittons Zagreb en suivant le bord de la rivière Sava, en direction de Šisak. Mais le soir, quand Coco rallume son téléphone, il reçoit un message de Góran qui nous informe que nous avons oublié nos passeports. Alors le lendemain on retourne à Zagreb (50 x 2 km de détour !) et on emprunte l’autre rive de la Sava pour varier les plaisirs.

Bivouac sur les bords de la Sava avant de retourner à Zagreb récupérer les passeports
Petit tour de vélo pour Góran avant de lui dire au revoir pour la deuxième fois

Ces kilomètres en Croatie via la campagne nous ont beaucoup marqués et nous ne regrettons pas une seconde d’avoir évité la côte méditerranéenne sur cette portion. Dans cette partie de la campagne croate, chacun a son petit potager, sa vigne qui pousse au dessus de la pergola, son poulailler et le maïs qui va avec pour nourrir les poules ou alors quelques chèvres ou même parfois des cochons ! Il semble que la vie dans les campagnes est encore très présente et les productions restent à une petite échelle. Il est par exemple très fréquent de voir les croates construire eux mêmes leurs maisons, réparer leurs toits, moissonner eux-même leur maïs et vendre le surplus de la production du jardin aux personnes de passage, par une simple pancarte écrite à la main en bord de route. Il semble qu’il y ait aussi un véritable réseau d’entraide entre voisins ! On voit les gens se parler, se regrouper, klaxonner dès que quelqu’un de connu est dans le jardin. Et nous ça nous donne du tonus de voir qu’il y a de la vie qui fourmille !

Exemple de petit jardin avec la vigne qui l’accompagne
Encore une maison avec un super jardin nourricier

Nous prenons conscience que le fait de produire sa nourriture et de se débrouiller par soi-même et avec l’aide des voisins est parfois plus une nécessité qu’un choix pour les familles croates de la campagne. Pour beaucoup, la “réussite” sociale passe par la capacité à combler ses besoins (alimentaires, matériels etc…) par l’achat et de ne plus avoir à se débrouiller. Et c’est vrai que c’est beaucoup plus simple de sortir une carte bleue que d’apprendre à aménager un jardin ou à réparer un toit ! Mais ne serais-ce pas aussi une perte de liberté et d’autonomie que d’oublier ces savoir-faire ? D’ailleurs, nous avons pu constater à de nombreuses reprises qu’il y a très peu de jeunes dans les campagnes. Dès qu’ils le peuvent, et bien souvent poussés par leurs parents, ils tentent de partir sur la côte pour travailler dans le tourisme ou bien essayent de trouver du travail dans les grandes villes ou dans un autre pays d’Europe. Mais nous on les admire ces croates qui vivent à la campagne ! Car en réalité ils ont de la chance de savoir cultiver, se nourrir, réparer, construire, élever, partager entre eux, donner … c’est un bel exemple d’autonomie ! Ce qui est sûr c’est que cela leur donnera de sacrés avantages pour les temps difficiles !

Maisons traditionnelles en bois dans la campagne croate. Plus de photos sur : http://www.balkanarchitecture.org/croatia/croatia.php
Une autre habitation traditionnelle juste avant la frontière, en rondins de bois et en terre cette fois-ci.

Le 28 septembre en fin d’après midi, nous croisons un papi croate en vélo qui semble un peu intrigué et qui nous salue directement en anglais. Quelques minutes après, il nous rattrape avec son vélo et nous fait entrer dans une mini supérette : ” prenez tout ce que vous voulez c’est moi qui régale ! ” nous dit-il. Un peu timides on prend juste de quoi boire un coup avec lui et quelques fruits car il insiste vraiment pour qu’on fasse nos courses ! Puis on va s’asseoir tous les trois sur le trottoir d’en face et il nous raconte un peu sa vie et l’histoire de cette région que l’on traverse en vélo. On apprend qu’on se trouve en ce moment même sur l’une des lignes de front de la guerre d’indépendance de la Croatie, en témoignent les nombreux impacts de balles dans les murs des maisons et les bâtiments abandonnés portant encore les stigmates des conflits. Des événements qui ont déjà pas loin de 28 ans mais qui nous apparaissent tout d’un coup si proches et si concrets. Après une petite heure à papoter avec cet homme du nom de Mladen, nous continuons notre route en repensant à tout ce qu’il nous a dit et avec un regard un peu différent sur ce qu’on voit autour de nous.

Après une nuit en bivouac dans un pré tranquille, nous passons en Bosnie, le 29 septembre, via la ville de Kostanjica.

Et on fait la queue comme tout le monde à la frontière bosniaque !
La Una

Nous pédalons pendant deux jours à travers une succession de petit villages bosniaques où le contexte dans les campagnes est le même qu’en Croatie, voir peut-être encore plus accentué. Lors de ces deux jours, nous suivons et remontons la rivière Una. La première baignade dans cette rivière est étonnamment fraîche. Après avoir emprunté une vallée large et cultivée, nous continuons dans des gorges étroites où le versant à gauche de la route est encore miné. Des panneaux à tête de mort “déconseillent” de s’aventurer sur la zone.

La Una un peu moins calme

Un peu plus loin, nous prenons une piste qui longe la rivière en face de la route principale. Nous nous arrêtons demander de l’eau dans une petite ferme. Il y a une curiosité mutuelle avec le couple de personnes âgées qui est là, mais la communication est limitée à nos quelques mots et 2-3 mimes. Quelques litres d’eau, des sourires, des échanges qui se passent de mots et nous repartons bredouilles du reste… frustrante barrière de la langue.

Bivouac en Bosnie avec une petit visite nocturne (probablement un berger intrigué par notre tente)
Un des nombreux crib à maïs qu’on croise en chemin : tout en vannerie

Nous arrivons sous le soleil dans la ville de Bihac qui nous dépayse par sa multiculturalité à la fois religieuse et ethnique. La majorité de la population est de confession musulmane et beaucoup de mosquées fleurissent dans la ville, côtoyant aussi quelques églises.

Avec la proximité de la frontière Croate, c’est aussi un lieu de passage de beaucoup de réfugiés Afghans, Syriens… Le camp de Vučjak qui les “accueille” ici sera évacué 2 mois après notre passage à cause des conditions intenables. Plus d’infos ici.

Un vieux cimetière musulman avec des tombes de personnes décédées au 19° siècle.
Nous quittons la rivière Una après l’avoir suivie pendant presque 2 jours !

Nous reprenons le vélo en direction de la frontière Croate qui nous attend en haut d’une belle côte. Un local, qui semble se promener en vélo, nous ouvre le chemin jusqu’à mi-pente avant de faire demi-tour dans le sens de la descente. La route est déserte, nous passons les postes frontières Bosniaques et Croates sous les regards amusés des douaniers qui ont l’air de s’ennuyer en ce début de soirée. Nous sommes maintenant sur la direction de la ville de Split, sur la côte méditerranéenne. La suite dans l’article suivant !

By Auré

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